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Javier R. Villa Bustos
Avez-vous fait toute votre scolarité dans une école française ?
En quelle année l’avez-vous quittée ?
Et le cas échéant, quel(s) diplôme(s) ?
J’ai fait toute ma scolarité au lycée français Alcides-d’Orbigny de La Paz et j’ai passé le bac en 1986 à Lima, parce qu’à ce moment-là le centre d’examen était là-bas. En 1980 et 1981, je suis allé au lycée André-Malraux à Bangui, en République centrafricaine. Mon père y a accepté un poste parce qu’il s’agissait d’un pays francophone et que mes frères et moi pouvions être scolarisés dans une école française.
Votre scolarité dans une école française a-t-elle correspondu à une histoire ou une tradition familiale particulière ?
Mon père a fait des études en Belgique et mon grand-père a vécu quelques années à Paris quand il était jeune (dans les années 1930). Ma mère, par contre, ne parlait même pas le français, même si ma grand-mère maternelle a fait ses études au Sacré Cœur à Buenos Aires, école dirigée par des nonnes françaises.
Quel a été ensuite votre parcours d’études ? Votre parcours professionnel ?
Un an de médecine à Montpellier 1987.
Un an de sciences économiques à Bruxelles.
Cinq ans de psychologie à La Paz.
Deux ans de sciences de l’éducation aux Etats-Unis.
Spécialiste en ressources humaines dans plusieurs organisations.
Professeur universitaire en ressources humaines, psychologie, éthique du travail, éducation.
Responsable de différents départements dans plusieurs universités boliviennes.
Directeur d’une institution d’éducation spéciale pour enfants avec le syndrome de Down.
Cours divers pour adultes.
Consultation clinique privée : couples, familles, jeunes et adolescents.
Pensez-vous que votre scolarité dans une école française a eu une influence sur vos choix d’études ? Sur votre projet professionnel ?
Ma scolarité dans une école française m’a donné l’assurance de pouvoir choisir n’importe quel champ d’études, me sentant très bien préparé et très capable. Tout au long de mes études en dehors du système francophone, j’ai senti un manque de la rigueur alors qu’il y a forte scientificité dans l’éducation française. J’ai connu des universités en Argentine, en Bolivie, en France, en Belgique et aux États-Unis, et la formation de l’école et du lycée français a toujours été une bonne référence.
Je pense que grâce à la formation au lycée français, mon parcours universitaire a été un succès aussi bien que mon développement professionnel.
Quels ont été, selon vous, les apports principaux de votre scolarité dans une école française ?
Dans nos années scolaires, nous avons acquis une discipline de travail (sur de solides bases scientifiques) très utile, ainsi qu’une vision très riche de la vie et du monde. Le bagage culturel acquis pendant les années scolaires est un trésor presque infini qui nous accompagne partout où nous allons.
Quel a été, pour vous, l’apport de l’école française dans le domaine de l’apprentissage des langues ?
Le français m’a permis de vivre dans des pays francophones comme la République centrafricaine, la France et la Belgique. Mon expérience dans ces pays a été très riche grâce à la maîtrise de la langue. Ça m’a aussi ouvert la possibilité de pouvoir travailler sur différents projets et institutions éducatives.
Le seul endroit où j’ai étudié l’anglais a été le lycée français. Mon très bon niveau d’anglais m’a permis de continuer des études aux États-Unis.
Notre niveau d’espagnol (langue maternelle), tant à l’écrit, qu’à l’oral, était supérieur à celui des autres écoles boliviennes. À l’université en Bolivie ou en Argentine, mon niveau de maîtrise de l’espagnol a toujours été au-dessus de la moyenne.
Que pensez-vous des valeurs transmises dans le cadre de la scolarité dans une école française à l’étranger ?
Faire des études dans une école française à l’étranger m’a ouvert un champ de vision très large, champ que je n’aurais pas eu l’occasion d’expérimenter dans une école locale. Avoir la chance de connaître et de vivre une culture différente de la nôtre, nous permet d’avoir un nouveau regard sur notre propre culture.
De plus, les valeurs de travail, de rigueur scientifique, d’effort, de compréhension profonde, de réflexion, de responsabilité, inculquées pendant ces années scolaires, ont beaucoup marqué ma vie. D’autres valeurs plus spirituelles comme la solidarité, la compassion, les relations humaines profondes (comme l’amitié ou l’amour), m’ont manqué pendant ces années scolaires.
Le travail sur l’assurance personnelle des élèves, sur leur vie émotionnelle, a été presque absent : celui qui ne suivait pas le rythme des autres était exclu du système et normalement quittait l’école.
L’école française que vous avez fréquentée vous a-t-elle semblée ouverte à l’environnement social et culturel local ?
Je pense qu’une ouverture plus importante sur la réalité locale était nécessaire. Nous étions presque complètement focalisés sur la réalité française et universelle, mais pas assez sur notre propre environnement. Les matières boliviennes n’étaient pas prises au sérieux par les élèves, parce que l’école ne leur donnait pas la valeur qu’elles devaient avoir.
Quel(s) conseil(s) donneriez-vous aux jeunes en matière d’orientation scolaire et professionnelle, compte tenu de votre expérience ?
Profitez de la possibilité d’une éducation internationale, en n’oubliant jamais votre propre culture. Prenez toujours le meilleur des deux mondes : votre culture et la culture universelle.
L’école française : un bon souvenir ? Des regrets ?
De très belles années d’apprentissage, d’amitié, de connaissance, de beaucoup de travail et d’effort, qui ont bien valu la peine.