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Sanaa Nelson
Avez-vous fait toute votre scolarité dans une école française ?
En quelle année l’avez-vous quittée ?
Et le cas échéant, quel(s) diplôme(s) ?
J’ai fait toute ma scolarité jusqu'au bac dans le système français. Après le bac, je suis allée étudier aux États-Unis.
J’ai un bac D (biologie/math).
Votre scolarité dans une école française a-t-elle correspondu à une histoire ou une tradition familiale particulière ?
Mon père est marocain et ma mère américaine. On parlait français à la maison. Du coup, on est allé à l’école française. Mes parents n’avaient pas trouvé d’écoles marocaines qu’ils aimaient et l’école française avait une bonne réputation. De plus, on trouvait des établissements scolaires français dans la plupart des grandes villes du Maroc (on a beaucoup déménagé quand j’étais petite).
Quel a été ensuite votre parcours d’études ? Votre parcours professionnel ?
Université (bac + 4+2) aux États-Unis. Bachelors en relations internationales et masters en développement économique et social.
Travail pour des ONG à focus international, mais basées aux États-Unis.
Pensez-vous que votre scolarité dans une école française a eu une influence sur vos choix d’études ? Sur votre projet professionnel ?
Pas vraiment. Mais un de mes maîtres m’a beaucoup fait aimer l’histoire.
Non.
Quels ont été, selon vous, les apports principaux de votre scolarité dans une école française ?
Le système est rigoureux et apprend aux élèves à évaluer et critiquer. Je pense que c’est est très bon système et compte, si possible, envoyer mes enfants à l’école française aux États-Unis. L’école française m’a donné une très bonne base et une très bonne culture générale.
En cours de français, d’histoire et de philo, on apprend à présenter les choses dans leur contexte, à faire une introduction, un développement et une conclusion. Cela paraît peut- être bête, mais l’école aux États-Unis n’apprend pas cette structure nécessaire aux étudiants et, au final, les devoirs sont souvent brouillons et mal présentés. La présentation du devoir est aussi importante.
Quel a été, pour vous, l’apport de l’école française dans le domaine de l’apprentissage des langues ?
Mauvaise expérience :
Mon apprentissage le la langue arabe était une vraie catastrophe. Les maîtres ne faisaient rien pour intéresser les enfants. On apprenait par cœur... Du coup, je ne sais ni lire ni écrire en Arabe et encore moins parler la langue de mes ancêtres.
Mon apprentissage de la langue anglaise a été très rapide. Mon arabe était tellement médiocre, que mes parents ont décidé de me faire changer de première langue en 5e. Ma mère m’a appris tout ce que les autres enfants savaient en un été (avant, on ne parlait pas du tout anglais à la maison, même si ma mère est américaine). Mes maîtres et maîtresses d’anglais ont toujours été gênés de ma présence dans leur classe, inquiets que je puisse remarquer leurs erreurs. Ma sœur a eu la même expérience.
Que pensez-vous des valeurs transmises dans le cadre de la scolarité dans une école française à l’étranger ?
Je n’ai pas appris l’histoire de mon pays, le Maroc .Nos cours d’histoire et géographie nous ont enseigné la France. Je ne pense pas que c’est acceptable. Une amie qui a étudié dans le système français égyptien a eu, elle, une expérience complètement différente (focus sur l’Égypte). Je suis contente que les établissements français à l’étranger n’aient pas tous fait la même erreur.
Je pense aussi que ma scolarité m’a amenée à voir de manière négative mes concitoyens marocains et a renforcé le gouffre qui existe au Maroc entre ceux qui reçoivent une éducation française et les autres.
L’école française que vous avez fréquentée vous a-t-elle semblée ouverte à l’environnement social et culturel local ?
Non, pas à mon époque (les années 1980-1990). Je sais que cela a changé depuis, ce qui est très bien.
Quel(s) conseil(s) donneriez-vous aux jeunes en matière d’orientation scolaire et professionnelle, compte tenu de votre expérience ?
Je sais que le système a bien changé depuis mon temps. Je ne sais pas s’il y a autant de focus sur les sciences et sur l’importance de faire des études scientifiques, juste pour montrer que si on fait une première S, on est plus intelligent. Je conseillerais aux élèves d’étudier ce qu’ils aiment et d’absorber au maximum cet esprit critique qui est créé au sein de l’enseignement français.
L’école française : un bon souvenir ? Des regrets ?
Un très bon souvenir rétrospectivement, malgré des souvenirs de stress excessif. Je suis très contente de l’esprit critique et de la base de culture que j’ai reçue, malgré les séquelles émotionnelles (côte nationalité) dont j’ai hérité. Si mes enfants finissent par étudier dans le système français plutôt qu’américain, je sais que je serai là pour renforcer la fierté de leurs histoires personnelles.